C’est un moment d’une puissance dramatique et d’une charge émotionnelle rares qu’a vécu le Palais du Pharo ce lundi 1er juin 2026. À l’occasion de la 34e édition du Prix de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), le prestigieux « Prix Mohamed Maïga » du journalisme d’investigation africain a été décerné au journaliste guinéen Habib Marouane Camara. Devant un parterre international de défenseurs des droits humains, c’est une chaise vide et les larmes de son épouse qui ont symbolisé ce sacre.

Un prix mondial pour briser le silence de la disparition.

Administrateur général du site d’information Lerevelateur224.com, Habib Marouane Camara a été récompensé pour la rigueur et l’audace de ses enquêtes. Mais cette consécration internationale intervient dans un contexte tragique : le journaliste est porté disparu depuis le 3 décembre 2024, date à laquelle il a été enlevé en pleine rue à Conakry par des hommes armés portant des uniformes de gendarmerie.

Cela fait exactement un an et cinq mois (545 jours) que sa famille, ses confrères et les organisations internationales sont sans aucune nouvelle de lui.

Le cri du cœur d’une épouse et d’une mère

Venue à Marseille pour recevoir le prix au nom de son mari, Mariama Lamarana Diallo, elle-même journaliste, a prononcé un discours bouleversant de dignité, brisant la solennité de la cérémonie.

« Cette distinction est hautement symbolique. Elle démontre que nous ne sommes pas seuls, que les journalistes du monde ne nous ont pas oubliés. […] Aujourd’hui, sa petite fille, qui est née quelques mois seulement après sa disparition forcée, grandit tout en ignorant qui est son père, ne l’ayant jamais vu », a-t-elle déclaré, les larmes aux yeux.

Remerciant chaleureusement le secrétariat général de RSF pour ce coup de projecteur qui « ranime l’espoir », elle a lancé un appel vibrant à la communauté internationale et à la presse mondiale pour maintenir une pression constante sur les autorités de Conakry afin de retrouver son époux sain et sauf.

Le contraste saisissant de l’actualité guinéenne

Cette distinction internationale projette une lumière crue sur les paradoxes de la Guinée. En effet, ce sacre à Marseille intervient au lendemain même du double scrutin législatif et communal du 31 mai.

De plus, le jour même du vote, la Haute Autorité de la Communication (HAC) s’est illustrée en suspendant pour six mois le correspondant de l’AGP à Labé pour manquements éthiques. Pour les professionnels des médias, l’affaire Habib Marouane Camara reste le symbole absolu des zones d’ombre qui planent encore sur la sécurité des journalistes en Guinée, malgré la fin officielle de la transition.

L’épouse de Marouane en compagnie de la fille de Mohamed Maïga.
Qui était Mohamed Maïga, le prix décerné à Habib Marouane ?

Le prix porte le nom de Mohamed Maïga, grand journaliste d’investigation malien disparu en 1984, qui s’était illustré par son courage et son engagement panafricain pour la vérité. En attribuant ce prix à Habib Marouane Camara, RSF inscrit le journaliste guinéen au panthéon des martyrs et des héros de la presse libre sur le continent africain.

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